top of page

LES INJONCTIONS BIENVEILLANTES ET LEURS EFFETS PERNICIEUX.



ree


“Fais ton travail et ensuite tu pourras jouer »… « Pense aux autres d’abord…”


Ces phrases, prononcées avec douceur, paraissent anodines. Pourtant, elles ont façonné toute la vie d’Annabelle, une belle dame qui venait d’avoir 55 ans et semblait épuisée. Elle voulait comprendre pourquoi, même fatiguée à l’extrême, elle n’arrivait pas à s’accorder du temps de repos ou du temps pour faire une activité de détente sans être sûre qu’elle avait bien tout fait et tout fait bien.

Voici ce qu’elle m’a confié :

« Je me vois, tout au long de mon existence, m’affairer sans relâche : la maison doit être propre, rangée, le linge doit être lavé, repassé, rangé, les démarches administratives doivent être terminées et validées, les devoirs supervisés, les enfants couchés, la vaisselle faite le soir…J’observais certaines de mes amies, mon entourage, ma famille, et je me rendais compte qu’ils prenaient du temps pour eux avec des “oh, pff, je le ferai plus tard, demain…” — avec désinvolture et sans culpabilité. Or, personnellement, je n’en étais pas capable ! Il fallait que tout soit en ordre avant que je puisse m’accorder ce temps de détente. Si j’essayais de passer outre et de m’accorder un moment au soleil par exemple, vous pouvez être sûrs que 5 minutes après je me relevais sans en avoir profité, le cerveau  bouillant de la liste des choses que je DEVAIS faire. Et si je me forçais à rester, je me sentais coupable, avec l’impression angoissante d’avoir oublié quelque chose, de n’avoir pas tout fait et que quelqu’un me le reprocherait. Même en vacances…Et cela a empiré au fil du temps car les rares fois où "ouf, tout était fait" et que j’avais une heure pour me consacrer à une activité pour moi, il y avait toujours quelqu’un pour me dire : “Tu n’as jamais de temps pour moi, tu ne penses qu’à toi !” Alors oui, c’était injuste, mais je n’étais pas en capacité de me rebeller. Pourquoi ? Je ne me comprends pas, et je n’en peux plus ! »


Nous aimons toutes et tous la satisfaction que procure le devoir accompli, de pouvoir se mettre devant un bon film en sachant que tout est à sa place. Mais c’est une autre chose que de ne pas réussir à s’accorder des moments de pause salutaires.

 

Quand l’injonction s’imprime en nous.


Je l’ai accompagnée pour qu’elle mette le doigt sur le moment où « tout s’est imprimé en elle », que je sentais remonter à l’enfance. Soins et échanges lui ont permis de se souvenir que, depuis toute petite, on lui disait :

« Le travail d’abord, et ensuite tu pourras jouer. »

Une phrase imparable de logique et dite avec douceur, mais répétée jour après jour, avec bien souvent un temps de travail qui ne permettait plus de jouer. Sa mère était un exemple de dévouement et appliquait à elle-même cette injonction.

Car oui, il s’agit bien d’une injonction : une formule ou croyance transmise par l’éducation, souvent répétée, qui devient une règle intérieure inconsciente guidant nos comportements. Et le plus pernicieux, c’est qu’elle porte une valeur conditionnelle :

« Tu seras aimé, reconnu, légitime si tu respectes cette règle. »


Cette phrase véhicule plusieurs messages implicites :

  • Le plaisir doit être mérité.

  • Le travail passe avant tout.

  • Se détendre sans avoir “suffisamment” travaillé serait mal ou coupable.

C’est donc une injonction éducative qui structure la hiérarchie entre devoir et plaisir. Alors certes, elle favorise la discipline, la persévérance et le sens du devoir, mais elle peut aussi entraîner :

  • de la culpabilité à se reposer,

  • une tendance à repousser les moments de détente,

  • une difficulté à se sentir légitime à profiter, tant que tout n’est pas parfaitement fait.

 

Du message éducatif à la croyance limitante.


Petit à petit, ce type de phrase, répétée avec douceur et bon sens, s’imprime profondément. L’enfant qu’était Annabelle ne l’entend pas seulement comme une règle d’organisation, mais comme une condition pour être aimée, reconnue et en sécurité. Elle intègre inconsciemment :

« Si je travaille bien, je suis une bonne fille. Si je me repose, je risque de décevoir. »

Ce message extérieur devient alors une voix intérieure, qui murmure chaque fois qu’elle voudrait souffler :

« Tu n’as pas encore fini, tu n’as pas mérité ton repos. »


Ainsi naît la croyance limitante, issue de l’injonction initiale : une conviction silencieuse mais puissante, qui pousse à s’épuiser pour rester “à la hauteur”.

Reconnaître cette voix ne veut pas dire la rejeter. Elle a eu son utilité : elle a permis de développer la rigueur, la fiabilité et le sens du devoir. Mais aujourd’hui, il est possible de remercier cette part protectrice et d’installer un message plus équilibré :


« Je peux me sentir en paix et légitime à me reposer, même si tout n’est pas parfait. Le plaisir ne diminue pas ma valeur, il la nourrit. »


C’est dans cette réconciliation entre le devoir et le plaisir que l’énergie se remet à circuler librement, sans culpabilité, et que le corps comme l’esprit retrouvent leur juste place.


D’autres injonctions bienveillantes… mais piégeantes.

Certaines phrases, tout aussi “logiques” et bien intentionnées, peuvent produire des effets similaires :

  • « Sois fort(e) et ne montre pas tes émotions. » → Empêche de demander de l’aide et conduit à l’isolement.

  • « Fais plaisir, sois gentil(le). » → Amène à s’oublier pour être aimé.

  • « Dépêche-toi, ne perds pas de temps. » → Crée de la tension intérieure et la peur d’être en retard dans la vie.

Chacune porte une part de sagesse, mais lorsqu’elle s’imprime sans nuance, elle peut se transformer en contrainte intérieure qui épuise ou enferme.

 

 Exercice doux pour apaiser une injonction.


Voici une méthode simple et bienveillante pour commencer à transformer cette ancienne programmation :

 1. Identifier sans jugement

Repérez le moment où la croyance s’active.

« Je sens que je culpabilise à l’idée de me reposer. » Juste observer, sans chercher à corriger.

 2. Nommer l’injonction

« Ah, c’est ma vieille phrase : d’abord le travail, ensuite la distraction. » La nommer permet de reprendre votre pouvoir sur elle.

 3. Remercier et contextualiser

« Merci à cette règle qui m’a appris la rigueur et la responsabilité. Mais aujourd’hui, j’ai le droit de trouver un équilibre différent. »

 4. Reformuler en croyance ressource

« Je peux conjuguer efficacité et plaisir. »,« Le repos fait partie du travail bien fait. »« Je mérite de me sentir bien, même si tout n’est pas parfait. »

 5. Ancrer par l’expérience

Accordez-vous chaque jour un petit moment de plaisir avant que tout soit fini : une tasse de thé, un rayon de soleil, une respiration consciente. Prenez conscience qu’il n’y a aucun danger à se détendre, que tout peut attendre un instant. Petit à petit, votre corps intègre qu’il est possible d’être en paix sans avoir tout accompli. Et félicitez-vous pour tout ce qui a déjà été accompli.

 

En guise de clôture

Se libérer d’une injonction, ce n’est pas renier son éducation, c’est honorer ce qu’elle a voulu transmettre tout en la réajustant à ton équilibre d’aujourd’hui. C’est un acte d’amour envers soi, une façon de réconcilier le faire et l’être, le devoir et le plaisir, la responsabilité et la douceur.


Si certaines de ces injonctions trouvent encore un écho en vous, peut-être est-ce le moment d’accueillir ce qu’elles révèlent et d’en comprendre le sens. Être accompagné dans cette exploration permet souvent d’apaiser ces empreintes du passé et de retrouver un équilibre plus juste et serein.

C’est ce chemin que j’ai à cœur d’ouvrir, avec douceur et discernement, à celles et ceux qui en ressentent l’élan.

Texte Karine ORSOLA - Illustration : IA

 
 
 

Commentaires


  • Instagram
  • Facebook

Chemins d'Harmonies

Tous droits réservés  2025 Chemins d'Harmonies.

© Copyright
bottom of page